Trois enfants du tumulte, Yves Bichet

Mai 1968. La révolte gronde partout en France. Notamment à Lyon où se tient une grande manifestation qui va mal tourner. Au moment où le cortège des étudiants tente de rejoindre celui des ouvriers en grève, un camion fonce sur les forces de l’ordre et percute le commissaire Lacroix, qui mourra à l’hôpital. C’est le premier mort de mai 68. Pour Mila et Théo, venus manifester ce jour-là, c’est le début d’une autre histoire… « Ils voulaient en finir avec la prudence, réinventer une forme de grâce qui mettrait le vieux monde à genoux. Ils croyaient au miracle des peaux. Ils étaient amoureux et tapageurs. Seul importait le tumulte des vies nouvelles se profilant après les bourrasques de mai. Ballottés entre désir de liberté et nostalgie du chaos, ils crurent un instant au mirage de la radicalité.

 

Trois enfants du tumulte est le douzième livre d’Yves Bichet. A la lecture du synopsis, j’étais plutôt confiante : mai 68 à Lyon (ville que je connais bien). Le sujet est tentant, l’auteur a l’air d’être reconnu, je me lance !

On commence par un chapitre pendant une journée de soulèvement populaire. On suit un jeune photographe, Théo, qui se déplace dans Lyon. Se succèdent alors des noms de rues, de places et autres bâtiments de Lyon que seuls les Lyonnais sont à-même de connaitre. Ce petit point me dérange car je prône une lecture accessible à tous, et sans connaitre Lyon, on peut penser que Théo se déplace dans toute la ville alors qu’il reste dans un périmètre d’environ 1km². Dans les chapitres suivants, on nous parle d’une baignoire au fond légèrement opaque qui est visible de la pièce du dessus, puis on nous parle de Mila et de Delphine, deux jeunes femmes qui semblent avoir un début de relation dans le fourmillement de la révolte. Après, on revient sur Théo et sur l’hypothétique couple à trois que les protagonistes tendent à former. Puis on nous parle de Marianne, maîtresse du maire d’alors, Louis Pradel, mais ancienne maîtresse de Théo, alors que Théo était l’ami du fils de Marianne, Antoine, décédé quelques années plus tôt. Voilà nos quatre destins : Mila, Théo, Delphine et Marianne. Ça parle, ça couche beaucoup, et… Et après quoi, d’ailleurs ?

J’ai beaucoup de mal avec l’écriture d’Yves Bichet. Tout s’enchaine trop vite et pourtant il ne nous raconte rien de vraiment important. L’alternance est maladroite, d’un « il » dans un chapitre avec un point de vue externe, puis d’un « je » dont on ignore dans les premières pages de qui il s’agit. C’est assez perturbant. Je ne dis pas que l’idée est mauvaise, je dis que je n’y ai pas adhéré et qu’il aurait peut-être fallu plus de descriptions, plus de recul et plus de pudeur. Le roman parle finalement peu de mai 68, ce que j’aurais aimé, et il traite davantage de la façon dont réagit chaque personnage à la tragédie qu’est la mort du Commissaire Lacroix, tournant de la révolte. C’est un roman de réflexion sur la jeunesse, sur la fin du soulèvement et sur les réactions de chacun. Mai 68 se termine, l’utopie d’un monde différent se voile et les personnages doivent retourner à leur réalité. Néanmoins, je n’ai pas été convaincue : le roman traite de la fin de la révolte alors que j’aurais voulu en voir l’action. De plus, il est trop axé sur les personnages principaux et il n’y a pas assez d’analyses sociales à l’échelle macro, ce qui se justifierait quand on parle de révolte populaire.

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