Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S.

Prix du Roman des Etudiants France Culture – Télérama – 2018

 

Ça raconte Sarah est un roman sur la rencontre de l’autre. La narratrice, mariée avec un enfant, rencontre une jeune femme dont elle tombe amoureuse. Loin de La Vie d’Adèle qui a laissé sa trace et sert souvent de références dans l’image des relations homosexuelles féminines et loin aussi de la violence de la relation entre les deux jeunes femmes, Ça raconte Sarah nous fait découvrir une relation douce avec pudeur. Le roman se divise en deux parties : d’abord la rencontre et la découverte, puis la perte et l’errance.

Grâce à une écriture simple (dénuée de fioritures) et addictive, Pauline Delabroy-Allard crée un roman réaliste grâce à une somme de “petits riens quotidiens” qui en font une histoire touchante. L’auteure joue avec les mots, les sonorités, c’est presque de la poésie. On a l’impression de lire un cours d’eau : on est doucement emporté par le courant, on ne s’arrête plus.

L’histoire de cette passion homosexuelle est présentée comme n’importe quelle passion hétérosexuelle. Les protagonistes ne parlent pas de leur crainte du regard des autres ni des préjugés de la société. L’amour est l’amour et si la narratrice avait rencontré un homme, l’histoire aurait été la même.

L’histoire se concentre essentiellement sur ces deux femmes. On sait peu de choses du mari (ex-mari ?) et de l’enfant de la narratrice. On ne sait même plus si elle est mariée ou non, quel âge a son enfant, mais ce n’est pas ça l’important. L’important, c’est cette plongée dans l’intimité d’un couple puis dans l’intimité de l’âme humaine quand elle est dévastée de la perte de l’être cher.

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