Mansfield Park, à l’écran (film)

Réalisation : Patricia Rozema

Date de sortie : 1999

Acteurs principaux : Fances O’Connor, Jonny Lee Miller

Le film de 1999 a cette qualité qu’il reprend les éléments majeurs du roman et leur donne un rythme plus cohérent que dans le livre. Ainsi, la longue scène de théâtre du roman est réduite à l’essentiel sans pour autant nuire à la compréhension de l’histoire. Il en est de même pour la partie où Fanny retourne à Portsmouth. Certains personnages n’apparaissent pas dans le film, comme le Dr Grant et son épouse ni Mr Yates. Ce n’est pas dérangeant à la compréhension et il n’est pas rare que des personnages très secondaires soient retirés dans les adaptations des romans de Jane Austen (dans l’adaptation d’Orgueil et Préjugés de 2005, Mrs Hurst et son mari n’apparaissent pas). Mon seul regret est que le frère de Fanny, William, n’apparaît pas du tout, alors que c’est le membre de sa famille avec lequel elle a le plus de contact. Toutefois, ce personnage masculin est remplacé par l’une des sœurs de Fanny, Suzy, avec laquelle elle entretient une importante correspondance. Pour comprendre ce changement, il faut être attentif à la scène d’ouverture du film où il est mentionné que le film est adapté du roman Mansfield Park et des lettres mêmes de Jane Austen. Or, l’écrivaine correspondait énormément avec sa jeune sœur Cassandra. Le personnage de William est donc une omission volontaire pour rendre hommage à l’autrice.

Cette version de Mansfield Park aborde des thèmes que le roman ne soulève pas. Ainsi, il est question de l’homosexualité ou de la bisexualité de Mlle Crawford, ce qui peut paraître étrange dans une adaptation de Jane Austen, sachant que ce n’est pas un sujet que l’autrice aborde dans ses œuvres. De même, le personnage de Sir Thomas Bertram est très sombre alors qu’il est juste strict dans le roman. Cette noirceur donnée au chef de famille permet d’aborder la maltraitance des Noirs dans les colonies, dont la torture et les viols. Certes, l’esclavage est évoqué dans le livre, mais le film va beaucoup plus loin. Pour certains, cela peut être dérangeant, mais c’est audacieux. Les films sont faits pour passer des messages et la réalisatrice a clairement expliqué qu’elle voulait dénoncer la société patriarcale et le marché du mariage auquel les femmes devaient se soumettre. Elle fait d’ailleurs remarquer que le titre même de la propriété de Sir Thomas Bertram, « Mansfield », signifie le domaine de l’homme. Par ailleurs, il ne faut pas être naïf : ces problèmes existaient à l’époque de Jane Austen mais la morale et la bienséance exigeaient qu’une femme qui écrit (déjà rare!) n’en parlât pas.

Spoiler

Alors que la réalisation de Patricia Rozema aborde l’œuvre sous un angle féministe, je trouve dommage qu’elle ait déformé une partie importante du roman qui insistait pourtant sur l’obéissance que les femmes devaient aux hommes. En effet, dans le film, Fanny décide par elle-même de retourner dans sa famille de Portsmouth pour échapper aux sollicitations de Crawford. Dans le roman, c’est son oncle qui veut qu’elle y retourne pour regretter le confort de Mansfield. Peut-être que le procès à charge fait contre Sir Thomas était déjà trop imposant et que Patricia Rozema a voulu montrer l’autonomie et l’indépendance que Fanny acquiert au cours de l’histoire ?

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