Polococktail Party, Dorota Maslowska

Dans la Pologne postcommuniste, le récit du jeune narrateur, dit « le Fort », a des accents hallucinés. Entre deux défonces aux amphétamines, son monde se réduit à des virées dans des discothèques, des amours qui tournent mal et des rêves qui ne peuvent aboutir qu’à des crises de rage. Nous assistons à trois journées folles de sa vie alors que, à l’arrière-plan, se poursuivent les préparatifs fiévreux de la « Journée sans Ruskoffs », une fête nationaliste organisée par la municipalité de la ville. Il en résulte une superparodie d’une certaine Pologne d’en bas, populiste, xénophobe et consumériste.

L’écriture incisive de Polococktail Party est déroutante mais ce n’est pas un frein à la lecture, loin de là. Dorota Maslowska a écrit ce roman à 19 ans, en un mois, avant de passer son bac. Cette prouesse littéraire de la part d’une jeune femme que certains comparent à une nouvelle Françoise Sagan nous livre une histoire aux personnages brisés dans une Pologne violente décrite avec violence. On sent que les années communistes ont marqué les habitants : les jeunes entrent en guerre ouverte contre les « Ruskoffs », c’est-à-dire les jeunes russes. C’est une histoire de jeunes, racontée avec le vocabulaire aussi irrespectueux que sale qu’utilisent les adolescents et les jeunes adultes. La traduction est étonnante pour un livre avec tant d’argot. Les dialogues sont retranscrits en langage indirect (sans les tirets à la ligne), tout s’enchaine avec une rapidité qu’on ne contrôle pas. Cette mise en page et ce choix de narration renforcent l’idée d’oppression que les personnages ressentent et nous plongent dans leurs problèmes : le sentiment d’abandon, la drogue, l’alcool et la révolte que rien n’arrive à apaiser sinon la violence.

Plongez dans un tourbillon de tourmentes soutenu par une écriture déconcertante qui ne relève pas moins que d’une forme moderne de génie littéraire : l’écriture au service de l’histoire et de son atmosphère écrasante !

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