Madame Bovary, Gustave Flaubert

Dans la campagne normande, Emma Bovary souffre parce qu’elle ne sait pas vivre, ni aimer, elle rêve ses amours et sa vie. Et cependant elle est belle, sensuelle, audacieuse. Mais une imagination déréglée, l’exaltation romanesque, un époux médiocre et obtus, l’absurde goût du luxe et des amants méprisables vont l’entraîner dans la ruine et vers une mort affreuse.

 

J’ai eu la chance d’étudier ce roman lors de mon année de terminale à travers des cours très poussés. Sans eux, je serais passée à côté d’un de meilleurs romans de la littérature française. Mes cours m’ont permis de percer le secret de ce Madame Bovary si ennuyeux et dénué d’intérêt au premier abord. Car après tout, c’est bien un roman de l’ennui que Gustave Flaubert voulait écrire : un roman sur rien. Toutefois, si son objectif était d’écrire une histoire où les personnages ne font rien, sont insipides et où l’indifférence du lecteur surpasse sa pitié, Flaubert parvient à dépeindre les tréfonds de l’âme humaine et la société campagnarde du XIXème siècle.

Madame Bovary est en réalité un livre qu’il faut décortiquer pour en comprendre tout l’humour. Oui, l’humour. Car Madame Bovary est drôle ! Flaubert tourne sans cesse ses personnages maladroits en dérision et certaines situations font rire tant elles sont pathétiques. L’humour de Flaubert est cynique, noir et parfois méchant. Mais ces traits d’esprit ne figurent pas directement dans l’intrigue. Tout se joue dans l’écriture à la tournure d’une phrase ou au choix d’un adjectif. L’humour de Flaubert se trouve dans le détail à l’image de la casquette de Charles qui apparaît au début du livre et dont il est impossible de réaliser un croquis réaliste tant la casquette est difforme. « C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis, s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin, venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve, la visière brillait. »

Le génie de Flaubert, et le côté novateur de l’époque, c’est l’absence de jugement de l’auteur. En effet, à sa sortie en 1857, Madame Bovary a été interdit pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Dans le roman, Emma Bovary trompe son mari Charles, mais le problème n’est pas là. Dans les autres romans où il est question d’adultère, le romancier intègre une morale à son histoire en expliquant que l’adultère est mal et que les femmes mariées doivent se conduire en bonnes épouses fidèles. Or, Flaubert ne juge pas Emma. Il ne juge ni Emma ni les autres dont les actions seraient condamnables. Flaubert écrit un roman du vrai et du réel. Son but n’est pas de rentrer dans les cases littéraires de l’époque mais il n’a pas non plus l’intention de provoquer. Il veut juste écrire un roman qui correspond à la vie de tous les jours et aux scènes qu’il observe.

Madame Bovary est donc le roman d’une femme qui s’ennuie et qui rêve sa vie. Petite, elle lit trop de romances qui l’induisent en erreur et elle veut que sa vie ressemble à ces livres. Elle épouse un médecin de campagne sans ambition dans quelque domaine que ce soit. Emma passe à côté de sa vie en voulant toujours plus. Avec ma classe de terminale, nous avions même réfléchi à l’éventualité d’une maladie mentale d’Emma Bovary telle que la bipolarité.

Gustave Flaubert, que l’on a appelé l’ermite de Croisset, a mis cinq ans à écrire son roman le plus célèbre. Il a travaillé chaque virgule, écouté le rythme de ses phrases en criant dans son gueuloire pendant des heures entières. Madame Bovary est une œuvre de la littérature classique qui n’a pas fini de nous surprendre et je suis persuadée que toute la vérité n’a pas été descellée sur cette chère Emma.

 

Film réalisé à partir du livre : (cliquez sur l’affiche)

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