Cléopâtre et Frankenstein, Coco Mellors - Tous droits réservés Raison, Lecture et Sentiments - depuis 2018

Cléopâtre et Frankenstein, Coco Mellors

Cléopâtre pour Cléo, Frankenstein pour Frank. New York est sur le point d’échapper à Cléo. Elle ne s’est pas fait d’amis aux fêtes qu’elle fréquente, son visa étudiant va bientôt expirer et elle n’a même plus de quoi payer ses cigarettes. Le retour à Londres et l’échec que cela représente se rapprochent chaque jour. Mais voilà qu’elle rencontre Frank. Il a vingt ans de plus qu’elle, des amis, du succès, de l’argent et la nationalité américaine.

Un problème d’identification du genre :

S’il y a bien quelque chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi Cléopâtre et Frankenstein  est souvent présenté comme une comédie romantique. Car à mes yeux, ce roman relève davantage du drame psychologique. Tout y est intense, sombre et parfois dérangeant : les relations amoureuses, les trajectoires de vie, les choix personnels. Ce livre met en scène des personnages en fuite constante, incapables de retrouver un équilibre. On assiste, impuissant, à la lente descente aux enfers d’individus perdus.

Tout commence pourtant comme dans une comédie : Cleo et Frank se rencontrent un soir de Nouvel An et se marient seulement six mois plus tard. On pourrait s’attendre à un récit centré sur l’amour rapide, les différences d’âge (Cleo a une vingtaine d’années, Frank en a quarante) et les regards sceptiques de leur entourage. Mais ce serait une erreur. Très vite, on comprend que leurs fêlures personnelles, schémas familiaux dysfonctionnels, dépendances, traumatismes , vont remonter à la surface. Leur relation, née dans l’impulsivité, se désagrège lentement mais sûrement. L’amour ne suffit pas à compenser les blessures non soignées. Le couple s’enfonce dans la toxicité, la frustration et l’incompréhension. Le mariage s’écroule en moins d’un an.

Une structure intelligente : 

L’autrice Coco Mellors fait alterner les points de vue dans une structure chorale réussie. On suit non seulement Cleo et Frank, mais aussi leur entourage : Zoe, Quentin, Santiago, Anders, tous aussi abîmés qu’eux. Ces personnages secondaires sont loin d’être anecdotiques : ils incarnent un reflet social, celui d’une jeunesse dorée, instable, incapable d’enrayer le cercle vicieux de leurs névroses familiales et affectives. Ce roman interroge la reproduction sociale et affective, les rôles que l’on joue malgré soi, et l’impossibilité d’échapper à ce qu’on a toujours connu.

Et pourtant, malgré le malaise, on ne décroche pas. Le roman accroche par sa lucidité, sa noirceur poétique, et son écriture fluide. Il m’a parfois mise mal à l’aise, presque voyeuriste, face à cette galerie d’existences brisées, en mal d’amour, d’estime, ou simplement d’équilibre.

Une héroïne emprunte de bovarysme : 

J’ai pensé à Madame Bovary en lisant Cléopâtre et Frankenstein. Cleo, comme Emma, attend de la vie une révélation, une élévation qui ne vient jamais. Elle cherche une validation qu’elle ne trouve ni en elle, ni dans le regard de son mari. Frank, à l’image de Charles Bovary, a une position stable mais ne sait pas aimer avec profondeur. L’ennui devient alors destructeur.

Pour conclure :

Cléopâtre et Frankenstein est un roman intense et dramatique qui offre une réflexion sur les traumatismes, les dépendances et la solitude. Je ne dirais pas que Cléopâtre et Frankenstein est un chef-d’œuvre, mais il m’a marquée. C’est un roman qui fait réagir, qui dérange, qui interroge sur cette jeunesse américaine suffisamment riche pour se défoncer à longueur de journée, mais pas assez intellectuelle pour en analyser les effets.

Si vous aimez les romans contemporains introspectifs, qui traitent de relations complexes et de quêtes d’identité, ce livre mérite votre attention.

Envie d'en parler ? 👇

Laisser un commentaire

Résoudre : *
26 − 3 =