Le Quatrième Mur, Sorj Chalandon

L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.

Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne…

Prix Goncourt des Lycéens 2013

Prix Le Choix de l’Orient 2013

Prix des libraires du Québec 2014

Le Quatrième mur fait partie de ces livres qui vous marquent pour une décennie sinon plus : la violence de l’histoire et sa justesse vous laissent une plaie à vif. 

Le Quatrième mur parle de théâtre. Cette expression de “quatrième mur” fait d’ailleurs référence au monde théâtral puisqu’elle renvoie à la séparation entre la scène des acteurs et la salle des spectateurs. 

Sans avoir la prétention d’arrêter la guerre, Samuel souhaite que l’art puisse réunir les hommes au-delà de leur appartenance religieuse. Mourant, il confie cette mission à son meilleur ami, Georges, qui part alors au Liban dans les années 1980 où la guerre fait rage, afin de monter une troupe de toutes les confessions pour jouer l’Antigone d’Anouilh. Pourquoi Anouilh plutôt que Sophocle ? Anouilh a réécrit la pièce du dramaturge grec en 1944, à une époque où la Seconde Guerre Mondiale dure interminablement. L’histoire d’Antigone est de fait abordée avec la vision de la guerre moderne et la violence des hommes. Sans doute que dans le message que Samuel souhaite faire passer, l’absurdité de la guerre qui se retrouve davantage chez Anouilh que chez Sophocle tient lieu d’explication.

Pourtant au centre de la guerre, l’histoire nous mène aussi au cœur du partage. Elle mêle ce que l’humanité peut avoir de plus beau par le sacrifice de soi, mais également de plus cruel par le sacrifice égoïste et barbare de l’autre pour soi.

Certaines scènes sont d’une violence rare et sont racontées sans politiquement correct. Peut-être une façon pour Sorj Chalandon de nous mettre face au fait accompli de la guerre et nous montrer son atrocité sans filtre. 

Il faut avoir le cœur bien accroché !

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